Par Gabriel Batty
Ce matin, je pars en voyage, pour raisons professionnelles.
Je pars à Bar le Duc, patrie de Sophie Talmann, m’apprend mon associée, jamais avare d’une référence culturelle.
Il est 8h15 quand je quitte la maison. En bas, je croise un gamin, avec un cartable de 1,5 tonnes sur le dos. Je n’ai pas les chiffres sur la scoliose dans notre pays, mais je soupçonne l’éducation nationale d’être de mèche avec l’association nationale des kinésithérapeutes. Y’a du lobby dans l’air, le complot n’est pas loin, cet article devrait faire du bruit ! Mais on est comme ça à Papa Travaille, on ose aller là où les autres n’osent pas.
Et voila, encore une des ces foutues digressions. Arrête de tourner autour du pot, on dirait Jean-Pierre Coffe au putter sur un green d’Augusta (lâcheté de la vanne pour la vanne, oui, je sais, mais j’ai pas pu m’empêcher). Bon, allez, comme l’OM, droit au bus !
J’en reviens à mon gamin. Pas le mien, celui croisé ce matin. Une seconde, je vois ses yeux, et là, réminiscence : ce regard. Ce regard que je connais si bien. Je l’ai eu pendant des années. 12 exactement : 4 de primaires, 4 de collèges, 4 de lycées. Ce regard, emprunt de fatigue et de tristesse, qui semble dire au monde entier : « j’aime pas l’école » !
Et mon dieu, moi aussi ce que j’ai pu la détester l’école. Pas que je n’aimais pas apprendre, non, bien au contraire. A 11 ans, j’avais certainement lu autant que la moitié de mes profs. Mes manuels scolaires, je les dévorais, chez moi, et dés la première semaine. Les livres d’histoire, de géographie, de français… c’était comme des Tintin. Ils me racontaient une histoire, pleine de cartes, d’illustrations. Mais ce qui me rendait malade, et parfois jusqu’au sens premier du terme – et ça j’ai mis du temps à m‘en rendre compte – c’est que finalement, à l’école, ce qui importait le plus ce n’était pas l’apprentissage. C’était la performance. On s’en fout que tu aimes les mots, que tu aimes l’histoire, qu’a 13 ans, tu commences à te frotter à la philosophie. L’équation, c’est t’es performant, conforme, ou tu l’es pas. Je me rappelle, ces doux moments, où les profs nous rendaient nos copies après les avoir classées dans l’ordre.. (mais qu’est ce qui se passe dans la tête d’un prof qui fait ça à des collégiens ? c’est juste consternant de bêtise).
Alors très vite, ma seule ambition, ça a été de sauver les meubles.
Jusqu’à ce jour, en troisième, ou avec mon pote, on s’est vu proposer une orientation en filière technologique. Un BEP, ils appellent ça, toi tu vas faire un BEP. Ca me rappelle les textes d’Oxmo. Toi, tu viens de là bas, et tu vas faire un BEP. Maçonnerie tu vas faire. T’as jamais tenu une truelle, t’aimes le théâtre, mais tu vas faire de la maçonnerie.
Autant dire qu’on s’est sauvé. On est allé dans une seconde « normale » comme ils disent. Après mon pote, ils lui ont fait faire un Bac G, ou équivalent, avec du secrétariat. Lui il lisait des textes sur la Commune de Paris, etc., et il lui faisait faire de la « force de vente » ! Moi, j’ai fait une ES, de l’économie, comme on dit. A prix d’une année sabbatique, quand même, pour supporter le truc.
Pour info, j’ai fait un bac + 5 avec mention, je m’en sors pas trop mal. Mon pote, il a créé le premier cabinet d’architecture durable (écologique) en France. Il s’éclate comme jamais. On est toujours potes. C’est mon client aussi. Alors tu vois où tu peux te le mettre ton BEP !
Alors j’en reviens, et c’est la dernière fois, au gamin de ce matin. Je fais quoi, moi, si futur papa, je croise ce regard dans les yeux de mon gamin.
S’il me dit : la concurrence, la performance, leurs codes vicieux, l’apprentissage de la consommation et de la production : moi j’en veux pas !
Je lui dis quoi ?


très bel article.
c'est marrant parce que je me suis fait plus ou moins la même remarque il y a peu en discutant avec mon mari. (pas rené, l'autre)
pour moi, école=stress. je n'ai jamais été aussi stressée que quand j'étais enfant, et dieu sait que je suis sous pression dans ma vie d'adulte.
mais la perspective d'un contrôle de math n'a pas son pareil...
cela dit, je ne suis pas pour les pseudo écoles libertaires qui germent partout...
alors, la solution ? la manifestation ?
Posted by: Marlène (Maman Travaille) | 03/17/2010 at 12:11 PM
bonne question... heureusement, on a le temps d'y réfléchir! ;-)
Posted by: Fanny | 03/26/2010 at 02:58 AM